NICHÉ DANS LES VERTES COLLINES DE SOMERSET,
en Angleterre, sur le vaste domaine Hadspen, Dairy House ressemble plus à une maison de campagne qu’à une retraite luxueuse. Rien dans ce bâtiment en grès rouge du début du siècle dernier, aux grandes fenêtres et à la cheminée élégante, ne laisse présager que l’ancienne
laiterie soit devenue une somptueuse demeure, ayant en annexe un spa maison primé. Cette dépendance en chêne et en verre d’un modernisme frappant se cache derrière l’édifice datant des alentours de 1902 et se dévoile uniquement lorsqu’on l’approche par le coquet jardin.
Niall Hobhouse, le propriétaire, souhaitait conserver la sobriété de la façade originale :
« L’endroit se veut secret ; il doit passer inaperçu », explique ce marchand d’art et
administrateur du programme Cities de la London School of Economics. « C’est non seulement une retraite loin de Londres, c’est aussi un refuge à l’écart du reste du domaine. » Lorsqu’il a hérité du domaine Hadspen (81 hectares, comprenant un manoir du xviiie siècle lui servant maintenant de bureau, ainsi qu’une vingtaine de cottages, dont la Dairy House), tout était à l’abandon. Il a demandé à une amie architecte, Charlotte Skene Catling, de transformer l’humble chaumière du fromager en un refuge idyllique, avec l’intention de le louer, comme les autres habitations du domaine. Une fois les travaux commencés, il a ressenti le besoin de garder Dairy House pour lui-même, comme lieu où s’isoler ou recevoir discrètement famille et amis. Dairy House est maintenant son deuxième chez-soi, hors de portée du bureau et des affaires du domaine : « Un endroit qui me permet d’être sur le domaine à l’insu de tous. »
Dès le début, le défi a été de transformer cette petite maison délabrée en « une luxueuse variation campagnarde », selon l’expression de M. Hobhouse. Retaper l’édifice et lui donner un air « plus grand que nature » était hors de question. Il tenait résolument à ce que la
demeure garde son cachet campagnard. La conception retenue est le fruit d’un échange constant d’idées entre lui et l’architecte, qu’il connaît de longue date. La restauration de Charlotte Skene Catling préserve et réaménage l’édifice original, tout en camouflant ce
que M. Hobhouse appelle « l’annexe salle de bain la plus élaborée de l’histoire du design ». La salle de bain d’origine, un appentis en tôle ondulée, ne se prêtait pas à une remise à neuf. Proprio et architecte ont voulu faire
À l’intérieur, le chêne et le verre laminé donnent l’impression d’une opulente douche en plein air.
du nouveau spa l’assise de la transformation de Dairy House en retraite privée. « L’édifice devait favoriser la solitude, explique Mme Catling. Il fallait accentuer le sentiment de “retraite” par du “camouflage”. Inchangée à l’extérieur, la maison devait se révéler sous son vrai
jour, contre toute attente, une fois le seuil franchi. »
« L’annexe comprend deux salles de bain, poursuit elle. Tout ce qui se trouve derrière le mur de rétention peut être rempli d’eau. » À l’intérieur, le chêne et le verre laminé donnent l’impression d’une opulente douche en plein air. Pour créer l’annexe (qui compte un cabinet de
travail au rez-de-chaussée, deux salles de bain à l’étage et un bain tourbillon extérieur de 20 m2), l’architecte a conçu une structure novatrice où poutres de chêne et de verre se succèdent. Pour cette expérience structurelle, le verrier Pilkington a fourni le verre gratuitement. Le chêne, quant à lui, provient de bois de chauffage coupé et séché sur le domaine. En fait, les cordes de bois s’entassaient tout près de Dairy House et leur agencement a inspiré l’architecte dans la conception des lieux.
Alternant chêne et verre, la façade produit des effets d’éclairage remarquables à l’intérieur de Dairy House. Des colonnes de lumière variable baignent les deux salles de bain d’une aura aigue-marine. À l’aurore, cette illusion sous-marine est renforcée par les rayons du Soleil
qui rebondissent sur la piscine extérieure pour créer des effets de vague au plafond. « La lumière qui traverse le verre laminé est beaucoup plus diaphane et verte que prévu, explique M. Hobhouse. Je craignais que le résultat ne soit froid ; or l’ambiance est plutôt chaleureuse. »
Baignées de lumière ondoyante, les salles de bain font de Dairy House un lieu de repos idéal.
L’éclairage, où prédominent les nuances de bleu, apaise et réconforte l’âme et le corps. De plus, les mouvements de la lumière réfléchie sur les murs ont un effet thérapeutique,
leurs vagues dissolvant le stress. « Dairy House est essentiellement devenue un spa », affirme M. Hobhouse. Situées de part et d’autre du corridor, les deux salles de bain sont équipées d’une baignoire et d’une ingénieuse douche qui donne directement sur le bain à remous extérieur. « On peut ouvrir la porte de la douche et entrer dans la piscine, ou l’inverse. »
Pour que ces deux douches aient l’eau chaude, M. Hobhouse devait trouver une solution novatrice pour le chauffe-eau : il l’a logé dans une pièce à part, construite à flanc de colline et dissimulée par un muret de pierres. « C’est un lieu qui m’enchante, éclairé par un puits
de lumière. On dirait la salle des machines du Titanic. »
Une lumière changeante baigne les deux salles de bain d’une aura sous-marine, illusion renforcée à l’aurore par les
rayons du Soleil réfléchis sur la piscine extérieure.
Un bain tourbillon extérieur ne fait pas trop écolo, mais l’installation a tout de même des qualités qui la rachètent. Elle est reliée à une centrale qui tire son énergie de la biomasse en brûlant le bois et les déchets du domaine. Ce dispositif permet de chauffer l’eau et de
climatiser la maison en été. Pour réduire les émissions de CO2 durant la construction, Mme Catling a embauché des ouvriers locaux : l’ébéniste, le lamineur de verre et le maçon résidaient tous à moins de 30 km du domaine, ce qui a réduit la consommation d’essence. L’ardoise et le chêne qui ont servi aux rénovations provenaient du domaine. Enfin, l’eau utilisée quotidiennement est pompée d’un puits. Chaque week-end ou presque, M. Hobhouse quitte Londres pour se retirer à Dairy House. « J’arrive à 17 h le vendredi, et après le souper, je me délasse dans les eaux chaudes et thérapeutiques pendant une demi-heure, la tête sous les étoiles. » Il admet que la maison n’est pas toujours aussi paisible : « Quand je ne suis pas ici, mes enfants débarquent avec leurs amis et font tout un ramdam : imaginez six ados qui se pointent à 2 h du matin pour piquer une tête dans la piscine. »
Nonobstant les ados fêtards, Dairy House demeure, pour son propriétaire, un havre de tranquillité, une destination-spa privée en campagne : « Ce dont je suis le plus fier, c’est de sa discrétion. On a vraiment réussi à dégager les espaces privés et à leur donner un aspect luxueux. »