Lorsque l’on a offert à Mario Bott a de concevoir un spa, le Bergoase Spa du Tschuggen Grand Hotel, sur les pentes vertigineuses d’Arosa, la réputation de l’architecte suisse n’était plus à faire : il est mondialement reconnu comme l’un des hérauts de l’architecture du xxe siècle. Le bâtiment qu’il a conçu dans la station suisse est sans doute l’une de ses oeuvres les plus abouties. Mais son deuxième spa, en cours de construction à l’hôtel Eden Roc d’Ascona, également en Suisse, est d’une telle originalité qu’il semble révolutionner le concept même de lieu de villégiature. L’Eden Roc pourrait marquer un tournant important dans l’oeuvre de Botta.
Il est facile de reconnaître la griffe du maître. Son utilisation de la brique et de la pierre, matériaux privilégiés parmi d’autres, et le caractère monumental de ses édifices en font le point de mire de tout paysage. Ce côté tape-à-l’oeil n’est pas étranger à la passion que voue l’architecte aux formes géométriques élémentaires, mais de dimensions extrêmes. Le Musée d’art moderne de San Francisco, terminé en 1994, illustre parfaitement ce dada : une superposition de trois boîtes massives de briques rouges constitue le corps du bâtiment, tandis qu’un cylindre en damier noir et blanc à l’extrémité biseautée (comme le cadran solaire d’une civilisation ancienne) joue le contrepoint.
Pour le spa de Bergoase, Botta s’est assagi. Inspiré par les sommets enneigés et les forêts de conifères environnantes, son style s’est adouci. Le bâtiment donnel’impression de s’enfoncer dans la montagne. Le toit est hérissé de délicates lucarnes vitrées aux formes arrondies rappelant des congères. Dès son ouverture, en décembre 2006, le spa a fait sensation sur la scène internationale et il est facile d’en comprendre la raison : avec la lumière qui inonde les bassins intérieurs encadrés de murs de granit ondulants, l’expérience confine au spirituel. « Lorsque je conçois un spa, je tente d’aménager l’espace de manière à libérer un flot d’émotions dans l’esprit des gens », explique Mario Botta. Vous l’aurez compris, le Bergoase n’est pas seulement un lieu de détente, c’est un lieu d’inspiration. Bien entendu, le centre de 5000 m2, sur quatre étages, a tout ce qu’il faut (saunas, aires de relaxation avec foyer, restaurant de fine cuisine) pour satisfaire la clientèle qui cherche tout simplement à décrocher.
| Construire un havre de bien-être n’est pas une mince affaire, mais Botta n’en est pas à son premier flirt avec le spirituel. Né en 1943 dans le canton helvétique du Tessin, il a étudié l’architecture à l’Institut universitaire d’architecture de Venise, où il a côtoyé les grands maîtres Le Corbusier et Louis Kahn. Peu de temps après avoir obtenu son diplôme, en 1969, il a ouvert son cabinet à Lugano, en Suisse. Depuis, il fait parler de lui régulièrement, pour des projets dans son canton natal – comme la Chapelle Sainte-Marie-des-Anges, dont la passerelle extérieure offre une vue spectaculaire des sommets des alentours –, mais aussi partout dans le monde, que ce soit en Californie, en Corée du Sud ou en France – où il a signé la Cathédrale de la Résurrection, à Évry. Avec la création du centre de bien-être de l’hôtel Eden Roc, le voici de retour au bercail. « Le design de l’Eden Roc est complètement différent [de celui du |
« Lorsque je conçois un spa, je
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Bergoase], car l’environnement dans lequel s’insère le spa est tout autre », commente-t-il. Au lieu de sommets enneigés, l’Eden Roc est entouré d’un lac cristallin, de palmiers et d’une végétation luxuriante. Précisions du principal intéressé : « Au centre de l’ouvrage, il y aura un "coeur aquatique" nimbé de verre dans lequel se mirera le ciel et autour duquel tous les éléments s’articuleront. » Avec ses revêtements muraux de marbre rouge et une coupole vitrée imitant la cime d’un pin méditerranéen, espérons que ce tout nouveau spa censé ouvrir fin 2008 ira droit au coeur.