Lors que Rand y et Artim esia (« Art ») ont entamé la recherche d’un grand loft moderne à New York, ils se sont tournés vers des quartiers peu recherchés. Avec ses huit millions d’habitants occupant un territoire restreint d’à peine 834 kilomètres carrés, cette ville ne manque pas de quartiers bien typés qui exhalent une personnalité, une couleur, voire des odeurs qui leur sont propres. « Nous aimons ces lieux qui ont du caractère », explique Randy. Art de renchérir : « Habiter un endroit avant qu’il ne s’embourgeoise, c’est… comprendre ses strates multiples et plonger au coeur de son essence vitale. »
En 2002, le couple a jeté son dévolu sur un édifice vacant à reconstruire de fond en comble dans un quartier bordé par l’East Village, le Bowery et le Lower East Side où, il y a quelques années à peine, s’alignaient des maisons décrépites et des vendeurs de revues peu recommandables.
Va pour la couleur locale. Va aussi pour l’édifice. Restait à choisir l’architecte. Le couple a toujours eu du flair en matière de design, et Randy, en particulier, raffole du contemporain. Feuilletant les pages d’un magazine de décoration, il s'est arrêté un beau jour sur les photos d’une demeure : « Voilà de quoi aura l’air ma future maison », a-t-il prédit. Pure coïncidence, les architectes de cette demeure, Katherine Chia et Arjun Desai, de chez Desai/Chia Architecture, habitaient le même immeuble que Randy et Art, à l’époque. Ils n’ont eu qu’un ascenseur à prendre pour aller discuter plans et devis.
Première mission de Chia et Desai : concevoir une résidence familiale dans cet immense espace vide de quelque 5000 pieds carrés. Les deux jeunes enfants du couple devaient, selon leur souhait, pouvoir courir en toute liberté et grimper sur les meubles. Comme leur précédent logement n’occupait que 1 200 pieds carrés, il fallait aussi penser à du mobilier supplémentaire. Des problèmes techniques particuliers ne manqueraient pas de surgir, comme l’obligation de dissimuler les tuyaux et filages exposés des plafonds. Les architectes savaient d’emblée qu’il leur faudrait exploiter la lumière sur les trois faces de l’édifice, peu importe la disposition finale des pièces, mais ce genre de défi technique, loin de les effaroucher, stimulait ces diplômés du MIT.
Pour les murs centraux du loft, les architectes ont opté pour la latte de frêne blond et le verre transparent, afin de laisser filtrer la lumière tout en préservant l’intimité visuelle et acoustique des pièces. Le grain du bois devait être tout à fait rectiligne et être abouté à la perfection d’une latte à l’autre, un menu détail certes, mais qui nécessite des maîtres menuisiers. De l’entrepreneur général retenu pour le projet, David Giovannitti, de chez Giovannitti Inc., Chia affirme que « peu de constructeurs arrivent à la cheville de David ».
C’est dans les salles de bain qu’on apprécie à sa juste valeur l’usage ingénieux de l’éclairage naturel.
C’est dans les salles de bain qu’on apprécie à sa juste valeur l'usage ingénieux de l’éclairage naturel. Des cloisons en lattes de bois réfléchissant la lumière naturelle en provenance de la chambre adjacente constituent le point de mire de la salle de bain principale. Les autres murs intérieurs sont recouverts de tuiles de porcelaine gris mat, choisies pour le contraste et l’intérêt visuel. Douche et toilette sont dissimulées par une cloison, tandis qu’une splendide baignoire en îlot trône au centre de la pièce, créant un lieu convivial où Randy et Art peuvent jouer avec leurs enfants à l’heure du bain. Les deux autres salles de bain utilisent un choix de matériaux semblables (lattes de bois clair et verre translucide pour agir comme pare-vapeur et laisser entrer la lumière) afin de délimiter un havre de tranquillité.
Le reste des pièces s’articule autour des activités quotidiennes de la famille. Le séjour, la salle à manger et le salon sont tous reliés à la cuisine, pour former un vaste espace invitant et lumineux. Ici, tout est à la portée des enfants : un cheval à bascule donne de la couleur au salon, et les bambins ont pris l’habitude de s’asseoir sur le long îlot monolithique de la cuisine, où la structure en porte-à-faux est maintenue par des poutres d’acier industriel.
Six ans plus tard… après deux années consacrées à la construction du loft, les grues ont poussé comme des champignons dans un quartier devenu soudainement à la mode. Le désir du couple d’habiter un quartier bien typé bat de l’aile depuis l’apparition d’une tour moderne à l’emplacement du vieux stationnement adjacent. Par contre, leur rêve d’une oasis contemporaine au coeur de la cité demeure intact. Avec l’aide de Chia et Desai, leur résidence, dont la valeur s’est appréciée fortement, est devenue la page blanche sur laquelle s’écrit jour après jour l’histoire de leur famille.